Population-et-économie
Mais que faut-il donc penser de la courbe démographique humaine?

© Thierry PERIAT : Textes, photos et idées

J'ignore si vous êtes férus de géographie humaine, de statistique et de physique ou si vous avez, comme moi, regardé récemment une courbe dessinant l'augmentation de la population mondiale totale.

Pour tout dire, je m'attendais à voir une droite modestement ascendante jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle suivie d'une exponentielle modérée. Et bien, au lieu de celà, j'ai découvert une droite quasiment plate jusqu'au début du vingtième siècle suivie d'un pic ressemblant fortement à une résonance magnétique. Et ce profil, je dois l'avouer, m'a un peu rempli d'effroi. Pourquoi?

D'abord parce que ces phénomènes sont éphémères et fragiles. Et je me suis donc demandé, inquiet par nature, si nous n'étions pas tous en train de vivre au bord d'un précipice, de vivre les quelques années précédant une gigantesque catastrophe qui nous ramènerait bientôt au niveau populationnel de 1870?

Et puis, pour maîtriser ma panique naissante, j'ai commencé à analyser plus froidement cette courbe. Devais-je lui faire confiance? L'échelle adoptée par ses auteurs n'induisait-elle pas une déformation accentuant la hausse récente de la fécondité humaine? Ce peut-il que nos statistiques aient été non fiables jusqu'à l'orée du vingtième siècle et que nous ayons été beaucoup plus nombreux que nous le croyons mais sans avoir les moyens de le prouver? Je n'ai pas les réponses à ces interrogations légitimes et rationalistes. Inversement, et à supposer que cette courbe soit un fidèle reflet des variations démographiques, comment faut-il vraiment l'interpréter?

De manière optimiste parce qu'en dépit de deux gigantesques boucheries guerrières, les connaissances, l'organisation et l'industrie humaines ont fait un tel bond en avant que de nombreux états sont désormais en mesure de nourrir une population grandissante (mais alors, il n'y aurait pas tant de famines à travers le monde et tant de mouvements migratoires)? Faut-il au contraire y voir un jaillissement chaotique et désespéré de l'espèce humaine qui, dans de très nombreux pays et surtout les plus pauvres, ne voit pas d'autre moyen d'assurer sa survie qu'en se reproduisant au delà du raisonnable? Je ne sais pas mais ce que je pressens est simple.

Si tous les moyens nécessaires à assurer une vie descente à cette population ne sont pas rapidement mis en place, il est pratiquement d'ores et déjà prévisible que les ressources naturelles vont être prélevées sans remord et sans vergogne par les plus organisées et par les plus prévoyantes des nations. On peut rêver d'échanger du pétrole contre des idées... je crainds fort cependant que plus personne ne voudra nous vendre son pétrole dès le moment où ce chacun saura qu'il n'y en a plus assez que pour lui-même. Nous avons tort de négliger l'aspect "géographie physique", "climatologique", "organisation des sociétés" dans notre manière de gérer nos nations et les relations entre elles. La puissance de feu sera bientôt de peu d'effet s'il n'y a plus assez d'essence pour faire circuler les chars ou si nous consommons nos réserves d'essence pour gagner les guerres destinées à conquérir les territoires de ceux qui possèdent les ressources naturelles vitales que nous n'avons pas. Bref, il est urgent de réfléchir sur une nouvelle organisation des relations entre l'humain et son environnement naturel, sur les relations à promouvoir entre les humains dans la perspective d'une survie commune sur la planète, à une nouvelle manière de penser notre avenir national et international. Sinon, il y a fort à parier que cette courbe redescende brutalement, aussi vite qu'elle est montée et que nous aurons bientôt juste nos yeux pour pleurer un passé fleurissant dont nous n'avons pas su lire les avertissements bienveillants.

source :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Population_mondiale